Loisirs
 

La Gileppe (349)

Encore parler du barrage de la Gileppe ! Et pourtant il faut savoir et faire savoir que la commune de Baelen possède quasiment la moitié de la superficie du lac sur son territoire, y compris le Lion !

Le barrage de la Gileppe en quelques lignes …

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Trop longtemps, ce coin de terre, hébergeant le barrage cerné par la forêt de l’Hertogenwald, apparaissait perdu et bien loin du centre de Membach, avant que les voies d’accès qui y conduisent aujourd’hui ne permettent une fréquentation plus aisée des lieux. La tour panoramique et le tout récent complexe, ainsi que le parcours didactique de la Division Nature et Forêt (D.N.F.) inaugurés récemment, complètent une infrastructure, dont le projet initial, conçu par Eugène Bidaut, est remis, le 8 mai 1868, au Ministère des Travaux publics.

Ce dernier approuve ce projet qui est aussitôt activé. Mais, depuis une année déjà, des ouvriers sont au travail. L’abattage des arbres est en cours, le chantier s’équipe de nombreux baraquements et de quelques logements. Ainsi se déploient des constructions en maçonnerie, en planches ou encore en tôles, destinées aux forges, aux ateliers de menuiserie, aux bureaux de chantier, hangars à mortier et, bien sûr, les aires de travail destinées aux divers travaux d’assemblage et de montage qui occupent également une superficie importante.

Un chemin de fer aux rails étroits relie ce chantier à la gare de Dolhain. Chaque jour, plusieurs wagons y amènent la chaux et le sable utiles à la construction du barrage. La voie ferrée passe par la vieille route de Goé adossée à la « montagne » de Limbourg, montagne qui a été percée pour la circonstance et dont l’issue débouche sur une longue passerelle surplombant la Vesdre et la route de Dolhain et conduit de plain-pied à la gare envahie de matériel à transporter.

Sur site, il a fallu dans un premier temps détourner les eaux de la Gileppe dont la source se situe dans la Fagne Gulpin, aux environs de la croix Mockel . Creusées à une profondeur suffisante pour recevoir les débits très irréguliers de ce cours d’eau, deux galeries se partagent les eaux et se réunissent aux environs de Béthane pour retrouver plus loin le lit habituel de la Gileppe qui conduit, enfin, jusqu’à la Vesdre.

Puis commencent enfin les travaux de fondation avec un ancrage tout particulier dans la roche. Le barrage sort de terre, le mur de retenue des eaux laisse deviner le volume imaginé par son concepteur, Eugène Bidaut, qui meurt le 19 mai 1868, soit onze jours après l’approbation de son projet et sa mise en chantier ! En octobre 1869, on inaugure le début des travaux. Le procès-verbal de ces festivités apparaît sur deux parchemins, dont un exemplaire, associé aux pièces de monnaies de l’époque, est introduit dans un étui qui se trouve scellé dans la première pierre posée.

Parmi les nombreuses équipes d’ouvriers travaillant sur le chantier de la Gileppe, apparaît François Reiff, originaire de Bastogne, qui a trouvé un logement à Béthane. Très vite il tombe amoureux de Marie-Josèphe Solheid, rencontrée à Goé … La suite tragique de leur histoire est bien connue ! La Croix des Fiancés nous la rappelle chaque fois que nous l’approchons.

Quelques années plus tard, nécessaires à la construction et à l’achèvement des travaux, la date du dimanche 28 juillet 1878 est choisie pour l’inauguration du site en présence du roi Léopold II. Sous un soleil superbe, le train royal s’arrête en gare de Dolhain où le bourgmestre Dujardin accueille le Roi. Ensuite, le cortège prend la direction du barrage. Le long du trajet reliant Dolhain à Béthane, de très nombreuses personnes endimanchées acclament le souverain et les personnalités qui l’accompagnent.

Une halte à Béthane sur le territoire de la commune de Membach, est mise à profit par le bourgmestre Grandfils qui, lui aussi, y va de son discours d’accueil à l’endroit de Léopold II. La foule massée sur le parcours conduisant au barrage l’y attend. Une estrade est dressée devant le Lion. De chaque côté du trottoir des soldats forment une haie d’honneur. Après avoir écouté les discours de circonstance, Léopold II, en réponse, prononce une brève allocution et boit un verre d’eau de la Gileppe dont l’appréciation personnelle n’a pas été entendue par les nombreux journalistes qui couvrent l’événement.

Puis, déjà, il est temps de reprendre le train en gare de Dolhain pour se rendre à Verviers où attendent encore d’autres manifestations et discours …

Plus tard et selon la demande croissante en consommation d’eau, le barrage connaîtra un rehaussement de 16 mètres, portant sa capacité à 26 millions de m³. L’inauguration a lieu en octobre 1971 en présence du roi Baudouin.

Associée de très près à l’existence du barrage, il convient, avant de conclure, de remettre en mémoire de celles et ceux qui l’ont connue, la tragédie de la Soor dont les eaux torrentueuses emmenèrent avec elles, début juillet 1952, les travailleurs présents dans le tunnel d’adduction d’eau, long de 2 km 500 mètres, ne leur laissant aucune chance d’en sortir vivants.

Aujourd’hui, classé parmi les plus beaux sites de Belgique, le lac affiche une superficie de 130 ha. Le sommet du barrage culmine à 305 m. au-dessus du niveau de la mer avec une épaisseur à la base de 235 m. et de 19 m. en crête. Le volume en maçonnerie du mur se chiffre à +/- 1.433.000 m³ ! Quant au débit journalier distribuable, il s’élève à 75.000 m³.

André Hauglustaine et Camille Meessen

Photo : Cette carte postale datée de 1905 présente le barrage tel qu’il était avant son relèvement.

Sources utilisées

Deshougnes Jean, La petite histoire de la Gileppe. 1949.
Gilon Ernest, Le barrage de la Gileppe. Guide du touriste. Vers 1879.
Hauglustaine André, Meessen Camille, La tragédie de la Soor (Membach), 1952-2002.
Le barrage de la Gileppe. Document édité par le Ministère wallon de l’Équipement et des Transports. Vers 2000.

 

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