Loisirs
 

Une tannerie à Baelen en 1834? (345)

La nature malodorante des peaux utilisées en tannerie obligeait les exploitants à se fixer à l’écart des habitations et de préférence, le long d’un cours d’eau, l’eau étant indispensable à ce métier.

Une tannerie possédait plusieurs cuves dans lesquelles les peaux subissaient la préparation au tannage dont la trempe consistait à immerger les peaux durant 4 ou 5 jours, soit dans l’eau courante, soit dans des bassins conçus à cet usage. Cette première immersion permettait d’enlever les matières solubles. Les peaux étaient ensuite placées dans un échauffoir à température constante durant 2 à 3 semaines, afin d’en éliminer l’épiderme. Par après l’épilage et l’ écharnage consistaient à y enlever les poils. Enfin, ces peaux étaient plongées dans des cuves remplies de solutions d’abord très peu concentrées (beaucoup d’eau et peu de tanin) pour arriver, progressivement, à des concentrations de plus en plus fortes. Il y avait plusieurs bains successifs avec un séjour de 1 à 3 jours par bain. Après ces manipulations, on plaçait dans une cuve, alternativement, une couche de cuir et une couche d’écorces de chêne jusqu’au remplissage de la cuve. Ces cuirs y séjournaient un an puis ils étaient recouchés avec des nouvelles écorces pour y rester deux, voire trois ans.

Après ce très court aperçu du fonctionnement d’une tannerie, revenons à ce 18 avril 1834 où Gaspard Philips adresse, au collège de Baelen, une demande sollicitant l’autorisation d’en établir une sur le ruisseau de Baelen. D’après la description faite, celle-ci se situera dans un verger à Baelen, joignant au sieur Janclaes, à la cure, au sieur Sauveur et au chemin public, espace localisé aujourd’hui dans la prairie située au dos des maisons de la rue de l’Église. Le demandeur précise que le nouvel établissement de tannerie procurera de grands avantages à la Commune et aux endroits environnés et, continue-il, je vous prie de bien vouloir faire instruire ma demande conformément aux lois et règlements sur cette matière.

Entamant la procédure habituelle lors de pareille demande, le bourgmestre, André Corman, signale qu’il a procédé à l’affichage pour enquête de commodo et incommodo aux lieux accoutumés. Apposée dès le 20 avril jusqu’au 5 mai, cette demande de permis d’établissement débouche sur deux contestations d’industriels installés en aval de la tannerie à construire. Installés à Forges, François Biolley et Jean-Arnold Sühs ont en effet émis les plus grandes réserves quant à la qualité de l’eau qu’ils utilisent pour la fabrication de leurs productions textiles. Ils exigent que le pétitionnaire donne tant pour lui que pour ses successeurs une garantie par acte qu’il portera aucun préjudice à l’eau du ruisseau de Baelen qui pourrait être nuisible à leur fabrique.

Le 7 mai suivant, après s’être rendu à la Maison commune pour s’assurer de l’affichage légal, Jacques-Joseph Heick, échevin, entame la rédaction du procès verbal de l’enquête. Il se rend ensuite sur le lieu de la future tannerie pour y entendre les doléances éventuelles des voisins qu’il dénomme habitants chefs de ménage. Comme il ne se présente personne et l’heure fixée pour la clôture étant arrivée, j’ai clos le présent procès verbal, conclut-il.

Lors du Conseil communal tenu le 8 mai 1834, l’autorisation est de ce fait accordée à Gaspard Philips. Il lui est permis d’établir la tannerie dans le verger acheté à Michel Pötgens à condition qu’il s’engage, et ses successeurs après lui, à renoncer à cet établissement s’il était reconnu que la tannerie porterait préjudice aux eaux de ruisseau de Baelen, soit par le détournement de leur cours naturel pour alimenter ses cuves, soit par l’écoulement de matières infectées particulièrement dommageables aux usines des deux réclamants. Gaspard Philips s’engage fermement à respecter ces deux exigences. Signent ce texte, le demandeur et les membres du collège : Gaspard Philips, André Corman, Jacques Heyck, Joseph Cordonnier et Thomas-Joseph Hauseux.

Voilà ce que nous savons de cette tannerie. Qu’en est-il en réalité ? A-t-elle réellement été construite sur ce terrain attenant au presbytère ? Nous sommes à ce moment en mai 1834. A la demande du gouvernement belge, Charles Popp édite le premier cadastre imprimé pour la Belgique indépendante. Les plans et la matrice cadastrale pour Baelen sont imprimés aux environs des années 1840-1845. Sur ces documents ne figure aucune mention de tannerie implantée à l’endroit cité. Faudrait-il en déduire que Gérard Philips aurait renoncé à l’y implanter ? Sans doute ! Par la suite, il n’est plus question de lui dans la littérature postérieure à cette autorisation communale.

André Hauglustaine et Camille Meessen

Illustration 1 : tannerie1Écharnage d’une peau consistant à l’enlèvement des chairs qui y adhèrent encore.

Illustration 2 : tannerie2
Afin d’éviter l’utilisation des eaux de rivière pour rincer les peaux, ce genre de tonneau a été utilisé dans le même but à la fin du XIXe siècle, tournant à raison de 3 à 6 tours par minute, permettant le gonflage de la peau pour y éliminer les poils plus facilement.




 

 

Illustration 3 : tannerie3  Peaux tannées séchant sur des claies dans l’attente du façonnage

 

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